Un groupe de vieilles dames - Élodie Briard

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Un groupe de vieilles dames

Un groupe de vieilles dames - Élodie Briard

J’allais rendre visite à ma grand-mère qui avait un très grand sens de l’humour. Depuis sa retraite, elle avait créé une sorte de groupe de vieilles dames, pour faire diverses activités plus ou moins intéressantes les unes que les autres. Il y avait certains rendez-vous qu’il ne fallait absolument pas rater avec elle. Le jeudi après-midi, c’était le bridge. Le vendredi, elles faisaient plusieurs lectures de nouveaux romans, ou de biographie avec quelques heures de débats. Je ne me rappelle plus exactement ce qu’elles faisaient les autres jours. Mais tout ce que je peux vous dire, c’est que ces moments préférés, elle qui était d’origine italienne, c’était de les passer, quand il faisait un peu chaud, assise, à l’ombre sur les marches près de la porte d’entrée, avec ses autres amies à se raconter des histoires, et quelques bonnes blagues. Leurs rires étaient audibles de très loin. C’était une invitation à la bonne humeur.

Alors que je les entendais un jour, rire à tue-tête, je m’approchais d’elles pour savoir, et comprendre de quoi il s’agissait. J’avais bien besoin de me défouler moi aussi. Je les trouvais toutes larmoyantes de rire, à s’époumoner, et à chercher à garder l’équilibre tout en étant assises. Il n’y en avait qu’une qui paraissait être froide. En fait, elles étaient toutes en train de se moquer d’elle. Ne voulant perturber, ni les rires, ni cette dame, j’attendais dans un coin que cela se tasse. J’ai attendu un long moment.

À peine avaient-elles repris leurs esprits, que j’allais vers elles pour leur demander de quoi il s’agissait. Aucune n’y arrivait sans pouffer de rire. Cependant, elles montraient toutes du doigt la seule qui ne riait pas. Il avait bien fallu plus d’une demi-heure pour que je comprenne que cette dame s’était fait donner des injections de juvéderm sur le visage, pour paraître plus jeune pour son nouveau petit-ami qui avait 75 ans. Il est vrai que d’apparence, il y avait quelque chose de changé sur son visage. Pas de quoi en faire tout un plat tout de même. Mais je venais de me rendre compte qu’il suffit de regrouper des personnes d’une même génération ensemble pour les voir s’enfoncer dans leur gaminerie, sans trop y prendre garde. Face à moi, c’était en fait des petites filles de cinq à huit ans qui se chamaillaient tranquillement. Pour changer d’atmosphère, je disais tout bêtement et tout haut qu’elle avait eu bien raison et qu’elles devraient toutes en faire autant. C’est fou ce qu’il est facile de faire huer les autres.