Un jardin d'hiver - Élodie Briard

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Un jardin d'hiver

Un jardin d'hiver - Élodie Briard

J’ai créé un jardin d’hiver. Les plantes que j’y entrepose sont en pot, comme mes géraniums. Ils n’étaient plus aussi vigoureux qu’avant. Ils craignent les gelées trop fortes, ainsi que les lauriers et les mimosas, et les années consécutives à être entreposés dans une remise sans lumière pendant les mois de froid ne les ont pas aidés. Une ancienne resserre, qui s’effondrait, a été vitrée pour remplacer le toit et une partie des murs, jusqu’à hauteur de ceinture. La structure basse a été conservée pour mieux isoler. Un poêle me sert à maintenir chauffée la pièce. J’aime m’y installer au milieu des plantes défleuries, en regardant la neige tomber à l'extérieur. Le sentiment de confort et de sécurité que j’ai dans ces instants est si agréable que je pourrais y rester des heures.

Ma sœur et son fils devaient passer nous voir pendant l’été. L’enfant a des problèmes respiratoires. Mon compagnon avait pris un test de qualité de l air pour notre habitation. Nous avons eu un résultat démontrant que notre air intérieur n’était pas pollué. J’étais rassurée. De nombreuses années, ma sœur et moi avons eu des différends nous ayant opposés. Je craignais qu’elle ne veuille pas venir.  Nous l’avons aussitôt appelée, l’enfant ne craignait rien. Ils se sont installés dans une de nos dépendances. Le petit apprit à marcher dans mon allée. Tout le long, j’avais mis mes géraniums. Je craignais pour eux, car l’enfant était inévitablement attiré par le feuillage odorant et les fleurs colorées. Dès qu’il passait à côté, sa main attrapait une feuille. Mais il n’en a jamais arraché.

Le jardin d’hiver servait de véranda en été. Nous avons passé de magnifiques soirées en famille dedans. Les lauriers roses fleurissaient à l’entrée de l’ancienne resserre, diffusant leur parfum dans l’air chaud estival. J’entends encore le babillement de Charles, mon neveu ; le rire d’Anaïs, ma sœur ; la voix grave d’Edgard, mon mari. Je les observais de mon fauteuil à bascule. Ils étaient si heureux d’être là. Je savais que ma sœur vivait dans un petit appartement, en ville. Après en avoir discuté avec mon compagnon, je lui démontrais les avantages d’un emménagement dans la dépendance qu’elle occupait actuellement. Elle fut ravie de ma proposition, et elle s’installa durablement. Charles va maintenant à l’école du village, où il s’est fait de nombreux amis. Anaïs a un emploi à la bibliothèque municipale, où elle s’épanouit. Et, mon mari et moi, nous avons le bonheur de les voir au quotidien.